CAFI Sainte livrade Noyant, camp de rapatriés d'indochine
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Journal europeen Suisse allemande : Manfred RIST


 
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Nina
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MessagePosté le: Mar Fév 14, 2012 11:51    Sujet du message: Journal europeen Suisse allemande : Manfred RIST Répondre en citant

www.nzz.ch/nachrichten/politik/international/frankreichs_kinder_aus_tonkin_sind_greis_geworden_1.14005985.html

Dernière édition par Nina le Lun Juil 02, 2012 09:20; édité 1 fois
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Nina
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MessagePosté le: Mar Fév 14, 2012 12:07    Sujet du message: traduction de l'article Répondre en citant

Manfred Rist, Sainte-Livrade
Sur les rives du Lot dans le département français du Lot-et-Garonne un morceau de l'histoire coloniale penche vers sa fin. Dans les baraquements d'un ancien camp militaire, vivent les derniers rapatriés survivants d'une guerre en Indochine presque oubliée.

Bien avant la défaite de Diên Biên Phu, les habitants de Sainte-Livrade-sur-Lot s’étaient habitués à l'apparition sporadique de visages étranges et leurs histoires de guerre. Sur les rives du Lot, à une bonne distance du village, a été construite ici dans les années trente, sur des bonnes terres agricoles, une poudrerie, dont la production a été aussi éphémère que la résistance active contre l'Allemagne hitlérienne. D'autres aussi, qui, en dehors des 6000 habitants que compte ce coin de province, prenaient pied et trouvèrent un refuge temporaire : ils paraissaient toujours être du côté des perdants ou bien construits sur du provisoire: les unités françaises pour qui les baraquements militaires avaient été construits, ou les soldats républicains espagnols, qui devaient fuir leur pays en 1939: ultérieurement travailleurs de la construction à bon marché issus de de tous les horizons, Harkis d'Algérie et bien sûr ceux qui sont venus ici de très loin, les "Chinois".

Des français sans traits européens.

Il ne s’agissait pas de chinois, mais les villageois et les Espagnols, qui s’étaient installés aux abords et s’étaient construits entre temps des petites maisons plus confortables, les appelaient ainsi. Les premiers arrivèrent en avril 1956, après des voyages aventureux, qui débutèrent pour la plupart dans le nord du Vietnam, via les camps de réfugiés à Saigon et après un voyage de plus d’un mois en mer, passant par Singapour, les Indes et Marseille ils arrivèrent dans le département du Lot-et-Garonne. Encore une dernière sur le chemin vers les baraquements militaires, avec leurs deux valises autorisées avant le voyage, ils étaient les nouveaux arrivants au Centre d'accueil des Rapatriés d'Indochine (Cari). Le camp, dont la clôture de barbelés fut plus tard remplacée par une simple clôture, compta bientôt 1160 réfugiés, parmi eux 740 enfants.

En fait, il ne s’agissait pas de réfugiés. Parmi les arrivants, beaucoup étaient des veuves ou des fiancées de fonctionnaires ou d’officiers français qui avaient perdu leur mari pendant la guerre, et leurs enfants eurasiens étaient rapatriés français, Français d'Indochine, comme on les appelait alors. L'empire colonial français en Orient commençait à décliner, mais la nationalité des indigènes vaincus leur était restée. Sur le papier, donc ils avaient la nationalité française, mais finalement il s’agissait de français sans lien avec l'Europe. Ils étaient déracinés sans droits, pour qui il n'y avait pas de place sûre et digne dans la vieille patrie.

Des vies déchirées.

La défaite des troupes coloniales françaises dans la cuvette de Diên Biên Phu le 7 Mai 1954 ouvrait non seulement la voie à l'indépendance du Vietnam de Ho Chi Minh proclamé en 1945 mais aussi celles du Laos et du Cambodge. La honte marquait de son sceau le destin de ces enfants du Tonkin, comme la province du Nord-Vietnam était nommée à l'époque de l’administration française. Dans le cadre du retrait des troupes françaises du sud du pays, comme cela était prévu dans les accords de Genève de Juillet 1954, le gouvernement de Paris organisait finalement aussi le rapatriement de ceux dont les vies avaient été littéralement déchirées par les ravages de la guerre. Ceux qui avaient des amis ou des proches ou disposaient d’une formation demandée se tirèrent d’affaire dans leur nouvelle patrie, principalement à Paris. Mais ceux qui ne disposaient ni de réseau de relations ni de moyens atterissaient, directement ou indirectement, sous les toits en tôle ondulée des 26 baraquements militaires de Sainte-Livrade-sur-Lot. On leur donnait des lits, de la vaisselle de l’armée, des sacs de paille (matelas en crin), du charbon, et un gardien de camp. Tout avait été conçu pour être temporaire.

témoins qui vivent aujourd'hui encore dans les baraquements sont devenus des personnes âgées. On en compte encore une bonne centaine: Depuis son arrivée à la périphérie de la ville, vit ici Mme Vuong Cazes, moitié chinoise, moitié vietnamienne. Agée de 88 ans elle est la veuve de Paul, un militaire qui est dit avoir rassemblé ses seize enfants chaque week-end en rang pour le jogging matinal. Habitant seule dans le centre Madame Dutambi, une femme indienne d’un ancien français de Pondichéry, qui jadis avait suivi son mari déplacé au Vietnam et qui assurait au visiteur que les sbires du Viet Minh étaient eux mêmes derrière son isolement. Elle porte encore aujourd'hui le sari, l'habit traditionnel indien.


Vidéo: vietnamienne en France


Manfred Rist

Parmi les habitants d'aujourd'hui compte aussi Emile Lejeune âgé aujourd’hui de 91 ans, qui avait survécu à la fois à la captivité Japonaise et, plus tard à la vietnamienne. Il disait avoir été lié à une princesse vietnamienne – et là les versions dans le village sont légèrement différentes. Plus loin, Charles-Pierre Maniquant, âgé de 83 ans, un vieux militaire disait avoir fait plus de 400 missions en parachute et portant dix médailles militaires sur le veston, était engagé en Indochine au Gabon, au Maroc et en Algérie. Marthe Coursier, eurasienne de 91 ans, aux yeux clairs et un esprit alerte, vit aujourd'hui dans un nouveau logement sur le bord de l'ancien camp, mais détient le record incontesté du camp : elle compte plus d'une centaine de petits-enfants, arrière petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Il semble que chacune de ces vies fournirait un livre passionnant, qui couvrirait des destins individuels, des mondes et des cultures. Mais ils ont tous une chose en commun: ils appartiennent à un groupe naufragé, qui avait été pratiquement oublié pendant 50 ans. Les «français d’Indochine» à l'époque étaient arrivés pleins d'espoirs et d'illusions envers la mère patrie dans un pays où personne ne les attendait. Ils étaient bien contents d'avoir été accueillis, et cette gratitude s’exprime de façon sporadique dans les entretiens d'aujourd'hui. Mais ils vécurent longtemps sous la surveillance de l'armée derrière des clôtures et dans une pauvreté amère. Certains, les enfants aussi, travaillaient pour les agriculteurs dans les champs ou dans l'usine d'un fabricant de chaussures installée dans le camp.

La sortie du camp était interdite aux enfants et n’ était aurorisé à aller l’école que sur arrangement du prêtre local, celui qui se faisait baptiser dans la petite chapelle en bois, qui se trouve maintenant à côté d'une pagode. Dans un document officiel de cette période, qui justifiait cette mise à l’écart, la présence de ce millier de gens était ressentie comme une perturbation du bien-être des habitants.

Un morceau du pays natal malgré tout.

Cependant les naufragés retrouvèrent un morceau du pays natal. Parce que la France officielle n'a pas déployé d’efforts pour intégrer les «compatriotes» étrangers, le camp devint un ghetto, où restaient maintenus les coutumes, la langue, la religion et les souvenirs. Les enfants d’autrefois sont devenus entre temps des adultes, et la plupart du temps même grands-parents. Mais dans chaque baraquement sont encore accrochés des images en noir et blanc de l'époque coloniale, avec des femmes gracieuses et des jeunes gens fiers, à qui le monde semblait appartenir. Ce sont des témoins jaunis des illusions sur la survivance de ce vieil ordre du monde - et sur la France.

Malgré toutes les difficultés initiales et les humiliations, le camp doit avoir également marqué positivement la jeunesse. Car certains, après avoir trouvé leur chemin "dehors", sont retournés récemment pour y passer leurs dernières années. Il y a ce qu'on appelle les «ayants droit» (légitimes) qui ont gardé, en raison de leur situation d’origine dans le camp, le droit de vivre ici. Parmi eux, Robert Leroy, âgé de 65 ans, à qui sa fille venue pour une courte visite venait juste de couper les cheveux en arrivant à notre rendez-vous, avait grandi selon ses propres descriptions comme le fils d'un général à Saigon. Un rapatrié aussi, éclatant de joie de vivre, Dominique Guillard alias "Domingo", qui aime se souvenir du bon vieux temps ici avec le premier film au camp ou des joies sur près des rivages du Lot dérivant tranquillement.
Il y a aussi des voix dures: Comment la France avait essayé d’oublier une histoire scandaleuse la cruelle défaite dans le nord du Vietnam ; En faisait également partie l’isolement des témoins étrangers de l'époque. Aussi durement juge George Moll, qui a fondé en Juin 2003 l'Association Mémoire d'Indochine. Pendant des années, il a combattu pour une rénovation des baraquements, et - en vain - pour un geste financier de l'Etat, qui devrait être aussi grand que les avantages pour les harkis, les anciens partisans algériens des colonisateurs français, à savoir environ 30 000 €.

Moll connait ce sort en tant que natif de l’Algérie, « pied-noir», à partir de son expérience personnelle: Ses parents avaient laissé en partant d'immenses plantations en Algérie, mais ils au milieu des années soixante, au moins en partie indemnisés par l'Etat. Par contre, pour les français d’Indochine tombés entre les deux mondes à Sainte-Livrade, il n'y avait rien sauf les équipements militaires, des baraquements militaires et de charbon pour le chauffage. Ce que Moll jusqu’à maintenant s’est engagé pour ce groupe, Cela tient à sa femme Cécile Cazes, l'un des dix filles de Cazes Vuong. Il a fallu pour lui, dit malicieusement cet homme de 70 ans, deux guerres coloniales perdues par la France pour trouver un partenaire dans le mariage: ses parents avaint été chassés de l'Algérie, la famille Cazes du Vietnam. Ils se sont rencontrés dans le village.

Il est significatif que, lui, l'étranger, a été à la tête de l'association, dit Moll. Celui qui à cette époque était arrivé d’Indochine au camp, avait grandi au préalable sous la croyance aux autorités et avait toujours obéi à la voix des uniformes. Oui, c’est vrai, dit madame Cazes Vuong. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi ils n'avaient jamais rebellé contre ce traitement, elle continue: «Nous vietnamiens nous ne nous plaignons jamais, nous faisons toujours le meilleur de notre destin. Nous avons vécu pour nos enfants, afin qu'ils aient une vie meilleure un jour. »

"Ne te plains pas, mon enfant, nous sommes ensemble, cela seul est déjà bien." Ainsi, résonne un passage significatif dans une pièce consacrée au sort des rapatriés et jouée à Paris à l'automne.
Nouveau logement pour vieilles "mamiesCertains enfants de l’époque sont retournés aux lieux de leur jeunesse, mais un morceau de l'histoire coloniale va sur sa fin. Sur le terrain de football, les buts ont été enlevés. Les anciens ne se déplacent plus que lentement à petits pas. Sur la pelouse en face de la chapelle est déjà érigée une pierre commémorative avec l'inscription «1945-1954 La Guerre d'Indochine". Une partie des baraquements a été démolie, et la route d'accès il y a un panneau indiquant les plans de la rénovation.

Quelques petites maisons nouvelles avec un confort modeste et un petit jardin s’élèvent déjà. Robert Leroy et "Domingo" ont usé de leur droit au logement en tant que « ayants droit » ; ils sont maintenant relogés à l'intérieur et payent un petit loyer mensuel de 400 €. La rénovation du camp négligée pendant cinquante ans serait arrivée un peu tard, pensent-ils tous deux. Les jeunes seraient prêts à déménager, mais pour les personnes âgées, qui y sont aussi confrontées, les nouvelles constructions arrivent trop tard. En fait, pour les survivants les plus vénérables ici affectueusement appelées «Mamie», il n’est pas question d’abandonner leur ancien logement. Mme Vuong, qui a construit ses espaces de culte au fil des ans et des bâtiments annexes à côté de chez elle, ne sait même rien des plans de démolition. Les chances qu'elle n'ait même jamais avoir à se déplacer sont grandes. Une société responsable de la construction est en difficulté financière, et les travaux à peine commencés, retournent au repos.
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