CAFI Sainte livrade Noyant, camp de rapatriés d'indochine
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lettre ouverte aux acteurs et membres du comité de pilotage

 
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Auteur Message
Nina
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Messages: 436
Localisation: 94

MessagePosté le: Jeu Juil 22, 2010 11:26    Sujet du message: lettre ouverte aux acteurs et membres du comité de pilotage Répondre en citant

Le Collectif des associations :

- la Coordination des Eurasiens de Paris (CEP)
- Mémoire d’Indochine
- Les Arts et Cultures d’Indochine (AACI)


Lettre ouverte à :
M. le Ministre des Anciens Combattants, M. le Général Simon du HCR, Monsieur le
Préfet du Lot-et-Garonne, Mme le Maire de Sainte-Livrade-sur-Lot, M. le Directeur de l’ANRU,
la société ARCUS, la SEM 47, M. le Président du Conseil régional, M. le Président du Conseil
général, M. le Maire-Député de Villeneuve-sur-Lot, les habitants du CAFI et les adhérents du
Collectif des associations.
Il y a 54 ans maintenant que nos familles ont été rapatriées en France à la fin de la guerre
d’Indochine et hébergées au CAFI de Sainte-Livrade-sur-Lot. Cet hébergement, aux conditions
plus que précaires, devait sans doute être transitoire, mais si certains sont partis, plusieurs centaines
d’entre nous ont vécu ces cinq décennies dans ces logements. Même si le Viêtnam reste notre terre
natale, nos racines sont ici. C’est ici que nous avons grandi, joué, travaillé, étudié, aimé. Ici nous
avons eu faim, ici nous avons eu froid, ici nous avons souffert du manque. Mais ici aussi nous
avons été heureux et nous avons appris le partage et la solidarité. Ici nos mères nous ont transmis
leur savoir, leur culture, leurs croyances. C’est ici que nos parents sont morts. C’est ici que nos
mères se sont usées à la tâche pour nous élever. C’est ici que nous revenons, dès que nous le
pouvons, pour retrouver nos amis, nos frères, nos soeurs, nos mères. C’est ici que nous amenons
nos enfants parce que cela fait partie de leur histoire. C’est ici qu’ils ont pris l’habitude de se
retrouver, troisième génération du CAFI, pour les vacances d’été. L’histoire de leurs parents a tissé
entre eux des liens profonds, se considérant tous frères, parce que tous enfants du CAFI.
Nous avons fait souche ici. Beaucoup d’entre nous se sont mariés avec des Livradais
enracinés dans ce terroir, ou avec d’autres immigrés, qui comme nous avaient été portés ici par
le vent de l’Histoire. Nous avons en commun, avec toutes les communautés présentes à Sainte
Livrade et dans les environs, des enfants et des petits-enfants, qui vont grandir ensemble sur cette
terre qui est désormais la nôtre. Et partout où nous allons dans le monde, ce petit morceau du Lotet-
Garonne reste toujours présent dans nos coeurs.
La rénovation va entraîner des bouleversements considérables, et même si cela était sans
doute inévitable, c’est toute notre histoire qui s’effondre avec les gravats de nos maisons, et cela ne
va pas sans chagrin ni déchirements.
C’est pourquoi la préservation du souvenir de ce qui nous a conduits jusqu’ici à la fin
de la guerre d’Indochine, et ce qui a fait notre vie dans ce camp est pour nous de la plus haute
importance, afin que ceux qui nous survivront connaissent l’histoire de leurs origines. Cependant
nous pensons que nous ne sommes pas les seuls concernés. La mémoire du CAFI a aussi une
dimension régionale et nationale, car notre histoire s’inscrit dans l’histoire de la présence française
en Indochine et de la décolonisation. Elle concerne également celle des flux migratoires importants
qui ont contribué au peuplement de cette région. Et pour finir, notre propre histoire ne s’arrête pas à
l’Indochine puisque coulent dans nos veines les sangs de tous les continents, ce qui fait sans doute
de ce petit CAFI, bien avant la mondialisation, un exemple du brassage des peuples et des cultures
du monde entier.
Pour toutes ces raisons, nous pensons que la mémoire du CAFI mérite de faire l’objet d’une
particulière attention et que le lieu de mémoire à venir doit se doter des moyens de toucher un
public concerné bien au-delà de nos propres intérêts personnels et affectifs.
Nous sommes bien conscients que ce n’est pas facile et qu’il existe des contraintes
techniques, matérielles et financières. Mais nous voulons que tout soit mis en oeuvre, que toutes les
solutions soient étudiées, que toutes les expertises soient consultées. Et souhaitons que les bailleurs
de fonds aient une claire conscience des enjeux mémoriels nationaux et qu’avec nous ils engagent
le combat. Qu’ils soient à nos côtés, car nos intérêts ne sont pas divergents, tout au contraire. Et
nous voulons gagner cette bataille avec eux.
Il semble cependant que cela n’ait pas été entendu. Nous n’avons pas compris sur quels
critères les membres de la commission chargée de désigner l’équipe qui doit accompagner la
concertation avec les associations ont pu écarter des compétences nécessaires à la réussite du
projet. Il nous apparaît en effet qu’une connaissance approfondie du contexte humain, historique
et sociologique est indispensable à la réflexion sur le lieu de mémoire. De même que nous pensons
tout aussi indispensable d’avoir une expérience préalable dans le domaine de la muséographie.
Ce sont précisément ces différents aspects qui ont été ignorés et qui nous font craindre un lieu de
mémoire qui n’en aura que le nom, le seul qui nous sera proposé, en somme un lieu de mémoire au
rabais.
Nous avons donc toutes les raisons légitimes de craindre que le lieu de mémoire ne soit
pensé que dans ses plus étroites dimensions. La désignation d’un candidat, dont les compétences se
situent indiscutablement ailleurs, laisse planer des doutes sérieux sur le désir de ne pas rechercher
des solutions d’envergure et une muséographie innovante.
Nous, associations de résidents et d’anciens résidents, sommes déterminées à défendre
la mémoire du CAFI et nous ferons preuve de la plus grande vigilance face à la manière dont
la concertation sera menée. En mémoire de notre enfance et de nos parents disparus, nous
n’hésiterons pas à contester tout aspect de ce projet qui ne prendra pas en compte notre histoire
dans toutes ses dimensions et qui ne recherchera pas toutes les solutions pour lui donner toute la
visibilité qu’elle mérite.
La France, la région, le département et la commune ont enfin l’occasion de montrer à notre
communauté la reconnaissance qu’ils doivent à nos parents, eux les oubliés de l’Histoire pendant si
longtemps.
Le 1er juillet 2010
Pour le Collectif des associations :
- Daniel FRECHE, président de la CEP
- Georges MOLL, président de Mémoire d’Indochine
- Matthieu SAMEL, président de l’AACI

Lettre PDF :
http://www.rapatries-vietnam.org/actualites/2010-lettre-renovation-cafi.pdf
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